Collectif Pouvoir d'agir…

Des idées en action

Une Tribune de François Lamy, Ministre délégué à la ville dans Libération.

Francois-Lamy-Revitaliser la démocratie par l’engagement des citoyens dans la politique de la ville

Par François Lamy Ministre délégué à la Ville

Quand près de neuf Français sur dix estiment que les responsables politiques ne se préoccupent pas d’eux, quand ils sont presque aussi nombreux à douter du fonctionnement de notre démocratie, on pourrait se laisser guider par un sentiment d’impuissance mortifère. Et se laisser convaincre par l’idée que ce serait l’exaltation de nos sociétés modernes qui ne laisserait aux citoyens ni le goût, ni la responsabilité, ni le temps pour leurs passions politiques.

Accepter cette idée, ce serait renoncer. La cautionner, ce serait se renier. Si les Français sont majoritairement critiques à l’égard du système politique, ils sont aussi nombreux à souhaiter que plus de pouvoir soit donné aux citoyens dans la vie locale. Et il n’y a pas un quartier où l’on ne croise des habitants désireux de s’engager sur des projets concrets, de confronter leur point de vue et de faire entendre leur voix.

Cette vitalité citoyenne pourrait être vue comme un anachronisme dans une démocratie en souffrance. Mais elle incarne, en réalité, une exigence qui ressemble à une évidence. Et dont Mendès France avait déjà résumé les principes : lorsque la république se méfie du citoyen, celui-ci s’en détourne, au point de lui devenir étranger.

On ne peut s’inquiéter à chaque élection de l’abstention massive des quartiers populaires et accepter, dans le même temps, que la concentration de pauvreté d’un territoire s’accompagne quelques fois d’une concentration d’indifférence envers ses habitants.

Trop souvent, des projets de rénovation urbaine se sont affranchis de toute consultation réelle des locataires. Trop souvent, des actions ont été engagées sans tenir compte de ceux qui allaient en bénéficier. Trop souvent, la parole n’a pas été donnée de peur d’être contredit.

La confiance n’existe que si elle est réciproque. La confiance des habitants envers leurs représentants ne peut s’affranchir de celle des élus envers les habitants.

Cette double confiance, ce mouvement mutuel, est au cœur de la refonte de la Politique de la ville : le projet de loi pour la Ville et la cohésion urbaine, récemment débattue au Parlement, sera voté aujourd’hui à l’Assemblée. Elle porte, dans la droite ligne des travaux de la mission de Mohamed Mechmache et Marie-Hélène Bacqué, une démarche novatrice, peut-être même salvatrice, d’intervention citoyenne.

Car, si la mobilisation des moyens publics doit permettre de répondre à la désespérance sociale dans les quartiers populaires, c’est en imposant de nouvelles exigences démocratiques que nous pourrons répondre efficacement à la désespérance politique.

Par cette réforme, c’est le principe même de coconstruction des politiques publiques avec les habitants qui est posé pour la première fois dans la loi. Parce que c’est par la reconnaissance qu’on provoque un choc de confiance.

Par cette réforme, des représentants des locataires pourront siéger au Conseil d’administration de l’agence de rénovation urbaine, et des Maisons de projet ouvertes à tous seront créées lors de chaque opération de renouvellement urbain. Parce que c’est par l’association aux décisions qu’on en favorise l’adhésion.

Par cette réforme, des conseils citoyens pleinement autonomes verront le jour dans tous les territoires prioritaires. Ils garantiront la capacité des habitants de se former, d’agir et de peser sur les décisions qui les concernent. Parce que c’est en mettant un terme à la méfiance que l’on peut faire reculer l’indifférence.

Pour s’engager concrètement dans ce nouvel âge de la participation dans les quartiers, il nous faudra vaincre les résistances, les conservatismes et les doutes.

Mais c’est ce chemin qui doit être emprunté pour rétablir durablement la confiance entre nos institutions et nos concitoyens.

Donner la parole à ceux pour qui l’on prétend agir est la condition première du rétablissement de l’égalité républicaine dans les quartiers.

Car ici, comme ailleurs, agir sur la question sociale ne peut se faire sans une renaissance de la démocratie.

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Cette entrée a été publiée le 16/02/2014 par dans Partage d'analyse.
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